L'histoire du Ragtime en France commence avec l'arrivée
de l'orchestre militaire de John Philip SOUSA (1854 - 1932) à Paris, lors de l'Exposition Universelle de
1900, une des étapes européennes qui allaient conduire cet orchestre de l'Angleterre jusqu'en Russie.
Au répertoire de cet orchestre figuraient de nombreux
Cake-walks [MP3], une danse africaine-américaine typée à deux temps et qui, par sa structure et ses rythmes de base,
allaient, avec d'autres influences musicales tantôt issues de la tradition Noire et de la tradition Blanche,
donner naissance au Ragtime.
Comme le souligne Eileen SOUTHERN dans son ouvrage
"Histoire de la Musique Américaine", nombreuses étaient les unités noires qui possédaient leur propres
instrumentistes; parmi elles, une fanfare allait devenir célèbre, celle de James Reese EUROPE. Associé au
369e régiment d'infanterie, décoré par la suite de la Croix de Guerre par la France, cet orchestre surnommé
les "Hellfighters", joua en France en 1918 et donna un concert exceptionnel au théâtre des Champs-Elysées
à Paris, qui eût un incroyable retentissement. Le répertoire de cette fanfare n'était pas constitué
exclusivement de rags instrumentaux. Il comportait aussi d'autres types de musique populaire de danse,
dont certaines sont rattachées à la tradition du Ragtime, comme le Fox-Trot, le Two-Step et le One-Step.
Etant une musique essentiellement pianistique, il serait
injuste de ne pas rendre hommage au pianiste français qui dans la dernière moitié du 20ème siècle était
dans notre pays le seul "Ragtime exponent", Yannick SINGERY qui a été surnommé
le roi français du Ragtime.
Son disque, sobrement intitulé RAGTIME, publié en 1975 et aujourd'hui indisponible en CD, est un chef-d'œuvre
d'équilibre entre le respect du style musical et sa sensibilité personnelle. Le premier disque moderne de
Ragtime en France revient cependant à Claude BOLLING, qui l'a enregistré en 1966 (bien avant l'Arnaque,
donc). Ce disque est très intéressant et illustre très bien comment les rags doivent faire l'objet d'une lecture
personnelle, telle que tous les pianistes de rags du début du 20ème le faisaient, contrairement à l'idée
fausse répandue que le Ragtime se joue strictement comme écrit sur les partitions et en bannissant
l'improvisation.
Depuis les années 1990, et grâce à l'énergie et au talent déployés par
Fabrice EULRY, le Ragtime
a sa Nuit organisée régulièrement, ce qui permet de faire découvrir cette musique méconnue
au public français.