MISE EN GARDE:
L'article qui suit exprime des hypothèses et des idées qui n'engagent que son auteur. Ils sont le résultat d'une recherche et de l'étude de différents documents consacrés à l'histoire des musiques afro-américaines.



Introduction,    I De l'Afrique à l'Amérique,    II Historique et contexte,   
III Les pianistes itinérants,    IV Evolution du Ragtime,    V Une Musique Porteuse d'un Message,   
VI Les Red-Light Districts,    VII Les "Professors",    VIII L'Héritage de la Minstrelsy,   
Conclusion



     VII - Les "Professors", Pianistes de Ragtime

     A une époque où les phonographes et la radio n'existaient pas, l'animation musicale de ces établissements reposait uniquement sur les musiciens et plus particulièrement sur les pianistes, car chaque bâtiment abritaient un ou plusieurs pianos. Ces professors (c'est le nom qu'on donnaient au pianistes de Ragtime) assuraient le "fond musical" sans interruption du coucher au lever du soleil. Les pianistes de Ragtime d'une ville constituaient alors une véritable société, acteur cette "vie nocturne "et parfois même composée de très jeunes pianistes (dès 14 ans) résidant le plus souvent dans le district même. Parfois, dans un esprit de compétition amicale, ces pianistes improvisaient des cutting contests dont le but étaient d'impressionner leurs adversaires (et accessoirement de séduire les femmes, qui, à en croire les témoignages des musiciens de cette époque, ne restaient pas insensibles aux charmes des pianistes!). Plus simplement les pianistes s'échangeaient des idées musicales ou des astuces de jeu (tricks). Lorsqu'un pianiste d'une ville voisine arrivait en ville pour tenter d'y trouver du travail, il était souvent éprouvé dans un cutting contest beaucoup plus féroce et dont dépendait son acceptation et intégration dans le "cercle de pianistes"existant. Cette petite société, généralement basée dans un bar servant de QG où l'on savait pouvoir trouver un professor 24 heures sur 24 avait pour principe de tirer au sort l'heureux volontaire qui irait divertir les clients et empocher les pourboires dans tel bordel, telle manifestation de plein air, telle tournée de medecine show ou telle séance de film muet (tent show). Ces ragtimers étaient indifféremment Noirs et Blancs. Dans les quelques villes où la communauté Afro-Américaine était importante, il existait déjà des ghettos auxquels les Blancs n'avaient pas accès. Comme le disait Eubie Blake, il fallait parfois être assez métissé pour "passer la ligne "[de la ségrégation, séparant les Noirs et les Blancs]. Entre la fin du 19ème et le début du 20ème siècle, il existait toujours ces musiciens itinérants et solitaires, qui parcouraient la vallée du Mississippi en jouant dans toutes les villes qu'ils traversaient. La majorité de ces musiciens apprenaient le piano et la musique de façon empirique, soit en écoutant les autres jouer, soit en posant patiemment les doigts à l'endroit où les touches du piano mécanique s'enfonçaient.

Exemples de caricatures, provenant d'une partition de 1880


     VIII - L'Héritage de la Minstrelsy

     Le Ragtime a malheureusement produit au cours de son histoire d'autres phénomènes dérivés et aberrants éloignés de son identité originelle comme les "coon songs", chansons aux paroles pour la plupart racistes et dégradantes. Elles furent pour leur grande majorité écrites par des auteurs-compositeurs Blancs (dont certains deviendront célèbres par la suite, mais d'une autre façon - Irving Berlin pour ne citer que le plus célèbre d'entre eux) sur des rythmes "allégés "ressemblant vaguement aux joyeuses syncopations du vrai Ragtime, celui joué au piano ou au banjo. Ces chansons sont héritées de la tradition de la Minstrelsy qui était un spectacle créé par les Blancs et mettant en scène des caricatures du "nègre de plantation". Si quelques comédiens intelligents et souvent talentueux ne cherchaient pas volontairement à humilier les Noirs mais plutôt à caricaturer sans rechercher la dérision péjorative, ce type de spectacles eût un effet pervers : "le ridicule de ces représentations où le Noir se réduisait à un être naïf, d'esprit lent, s'exprimant en "petit nègre", renforça auprès du public de l'époque l'image du Noir "sous-homme "primitif et sauvage et contribua à ancrer l'odieux préjugé social" (Rudi Blesh). Ces divertissements, en vogue dès les années 1840, popularisèrent la musique Noire issue des plantations, notamment la danse du Cake-Walk. Le succès des ces spectacles vit aussi la création (aberrante!) de minstrels Noirs offrant à leur public, de manière cependant plus subtile, leur propre caricature. Dans les dernières années du 19ème siècle, des compagnies de minstrels mixtes furent créées et nombreuses furent celles qui exportèrent ce style de divertissement et ainsi les éléments musicaux originels du Ragtime, en Europe en Afrique du Sud et en Australie. Si la Minstrelsy et les coon-songs constituent une sorte d'excès, il nous permettent de mieux recadrer et de cerner le "terreau originel" du Ragtime.

     Conclusion

     Cette sorte d'universalité qui a permis au Ragtime de donner naissance à une création autonome et distincte selon les pays où il s'est implanté par le passé (souvent grâce aux minstrels) comme par exemple en Afrique du Sud où il s'enracine dans une culture anglophone et un contexte social proche des Etats-Unis et qui donnera le jour à des phénomènes similaires (pianistes de Ragtime Noirs dans les townships ayant les même fonctions que leurs lointains collègues américains), et cette dynamique d'échange entre les deux cultures Noires et Blanches, comparable à d'autres genres musicaux notamment antillais et sud-américains font du Ragtime une musique authentiquement métisse, issue des cultures Blanche et Noire et mélangée avec une proportion harmonieuse hors du commun. Il est maintenant temps que les rédacteurs et spécialistes de Jazz européens - et particulièrement français - cessent d'assimiler et réduire le Ragtime à une création Blanche liée aux musiques européennes, à l'inverse de leurs confrères américains.


Introduction,    I De l'Afrique à l'Amérique,    II Historique et contexte,   
III Les pianistes itinérants,    IV Evolution du Ragtime,    V Une Musique Porteuse d'un Message,   
VI Les Red-Light Districts,    VII Les "Professors",    VIII L'Héritage de la Minstrelsy,   
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Site créé le 26/08/00
Dernière mise à jour le 18/11/06
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