MISE EN GARDE:
L'article qui suit exprime des hypothèses et des idées qui n'engagent que son auteur. Ils sont le résultat d'une recherche et de l'étude de
différents documents consacrés à l'histoire des musiques afro-américaines.
Dans la période qui a suivi l'abolition de l'esclavage, la dissémination sur tout le territoire américain de la musique qui allait donner naissance au Ragtime
s'est faite exclusivement sur les pianistes itinérants. Une description précise en a été faite par
James HUSKIN dans sa biographie sur Scott JOPLIN:
"De très nombreux pianistes itinérants parcouraient le Sud et le Mid-West soit en train, soit en bateau à vapeur, à cheval ou à pied, jouant partout où ils pouvaient et à n'importe quel moment. Leurs services étaient grandement appréciés, à une époque ou les sources de musique vivante et d'attraction étaient rares, et l'arrivée d'un musicien ou d'une troupe de minstrels était un évènement en ville… Ils collaboraient avec des troupes de minstrels où des medicine shows, tentant d'attrouper avec leur musique avant que le "Docteur "apparaisse pour convaincre son auditoire de la nécessité de se procurer son élixir de santé fait maison… Ils accompagnaient les spectacles sous tente dans les petites villes, les saloons et les beuglant dans les plus grandes, et avec le temps ils développèrent une authentique culture parallèle.
Les itinérants Noirs et Blancs partagaient le même style de vie, étant fréquemment en contact. Dans les grandes villes, leurs talents musicaux étaient plus important que leur couleur de peau."
IV - Evolution du Ragtime
A partir des année 1900, et
avec le succès et la popularité grandissants du Ragtime, il était désormais clair que le Ragtime n'était
plus exclusivement destiné aux Noirs. Des compositeurs et pianistes
Blancs à leur tour s'emparèrent de la nouvelle mode musicale.
Progressivement, la démocratisation et l'acceptation de cette musique
dans les foyers américains sont menés par les femmes, comme l'illustre
les témoignages de femmes Blanches compositeurs de Ragtime.
Les difficultés rencontrées par le Ragtime n'auraient pu laisser présager
le foudroyant succès qu'il a rencontré à partir de cette époque.
De toute évidence, s'il n'avait pas été autant popularisé et publié dans
les premières années du 20ème siècle, le Ragtime aurait certainement pu
rester longtemps un phénomène aussi marginal que le Blues. C'est l'avis de
Vera Brodsky LAWRENCE qui explique dans la préface de son
livre "Scott Joplin: Collected Piano Works" qu'il était vital que
le public Blanc s'intéresse de près à cette joyeuse musique syncopée:
limitée seulement à l'improvisation où à l'état de quelques partitions
non-publiées par des pianistes Noirs auto-didactes cela aurait
probablement pu être fatal au Ragtime. Le fait de publier de la musique
à grand tirage comme un simple livre lui permet d'être préservée.
A partir de ce moment, certains ragtimers de talent, en réaction à la
pression commerciale de la diffusion de masse et de la publication
simplifiée ont tenté par leurs propres moyens d'intégrer au Ragtime de
nouveaux éléments comme les blue notes ou des figures harmoniques plus osés,
ou en s'inspirant d'autres modèles musicaux (sud-américains), donnant ainsi un nouveau
souffle au Ragtime qui évoluera vers le Stride et le Novelty.
V - Une Musique Porteuse d'un Message
Le Ragtime est certes une musique, mais aussi une musique support d'un message et d'une certaine idéologie.
Malgré ses apparences qui veulent qu'il n'y ai rien à y voir car "c'est de la musiquette", c'est à dire d'un intérêt musical très limité ou encore que "c'est raciste" en raison des textes offensants des ragtime-songs et
de l'iconographie dégradante envers les Noirs de certaines couvertures de publications qui ne sont que le reflet de la mentalité de cette époque. Ces préjugés superficiels devraient être dépassés. En effet, une écoute approfondie
de ces joyeuses mélodies et de ces harmonies parfois simplifiées révèleraient une profondeur imprégnée de gravité et de lyrisme dans les compositions de grands ragtimers, comme celles de Scott JOPLIN.
M. REVERCHON a démontré dans son ouvrage Scott Joplin, Poète du Ragtime que la bonne humeur, la gaîté ou la tendresse qui émanent du Ragtime peuvent parfois dissimuler beaucoup d'amertume, ou de féroce ironie qui apparaissent avec
la compréhension de son contexte historique.
Tout comme le Blues, mais cependant dans une optique néanmoins plus optimiste, le Ragtime est en quelque sorte l'expression de
la vie quotidienne de l'Africain-Américain, devenant ainsi un moyen d'expression artistique privilégié adoucissant les dures réalités de sa vie qu'étaient la ségrégation et les crimes racistes (discriminations et lynchages) qui étaient alors la règle, surtout dans les anciens Etats du Sud confédérés et esclavagistes, et hostiles à une revalorisation de la place des Noirs dans la société américaine.
Des spécialistes ont vu dans le Ragtime la volonté de certains Noirs de
rechercher une acceptation en se modelant sur la culture Blanche américaine
dominante (celle des W.A.S.P., les anglo-saxons protestants Blancs) tout en préservant les apports originaux de
leur culture. Ce point de vue devrait être analysé de façon plus précise
car nous serions tentés d'assimiler de facto les Noirs comme des
"pantins singeant les Blancs" (J. B. Hess, sic) ou encore "cherchant volontairement à être à leur remorque" (idem sic). Les relations qui lient les deux communautés, Blanches et Noires sont certes complexes et parfois ambiguës, mais elles sont certainement bien plus nuancées.
VI - Les Red-Light Districts
Comme nous l'avons vu plus haut, nous constatons que la première réussite d'intégration et d'égalité (toute relative)
entre musiciens Blancs et Noirs se situe justement dans ces fameux lieux de mauvaise vie, les red-light district, tenderloins, autrement dits les quartiers reservés.
A cause des lois de ségrégation, alors que les musiciens Noirs s'étaient vus interdire le droit d'exercer leurs talents dans des lieux fréquentés exclusivement par les Blancs, (certains hôtels, casinos et bars)
les red-light districts étaient les seuls endroits dans les villes où Blancs et Noirs pouvaient se côtoyer.
Les quartiers réservés, (appelés en anglais red-light district en raison des lampes rouges ornant les façades des maisons, qui faisaient office de maisons de prostitution) formaient souvent
un bloc entier d'immeubles d'une ville et étaient constitués d'établissements d'activité principalement nocturne, comme les saloons, night-clubs, salles de spectacles, hôtels, maisons closes et salles de jeux.
Dans les grandes villes, ces quartiers, étaient de véritables villes dans la ville.
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Dernière mise à jour le 15/11/06
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