MISE EN GARDE:
L'article qui suit exprime des hypothèses et des idées qui n'engagent que son auteur. Ils sont le résultat d'une recherche et de l'étude de différents documents consacrés à l'histoire des musiques afro-américaines.



Introduction,    I De l'Afrique à l'Amérique,    II Historique et contexte,   
III Les pianistes itinérants,    IV Evolution du Ragtime,    V Une Musique Porteuse d'un Message,   
VI Les Red-Light Districts,    VII Les "Professors",    VIII L'Héritage de la Minstrelsy,   
Conclusion



     Introduction

     Un des phénomènes les plus étranges et fascinants de toute l'histoire de la musique est sans conteste le Ragtime. Première musique authentiquement métisse qui engendrera le Jazz, le Ragtime a transcendé le discours musical pour exprimer différents messages idéologiques qui se sont portés jusque dans de nombreux domaines extra-musicaux, laissant une empreinte durable sur son époque. Certains styles particuliers de musique ont de la même manière engendrés des cultures parallèles spécifiques, développant des philosophies contrastées. Ainsi, bien avant le Jazz, le Ragtime fut le produit d'un certain type de société gravitant autour d'environnement différents (ceux des saloons et des maisons closes, ou ceux d'hôtels de luxe et prestigieuses salles de bals) organisée avec des règles et des codes, et qui perdurera jusque la fin des années 1910.

     I - De l'Afrique à l'Amérique

     Toute la culture artistique (et en particulier musicale) Afro-américaine est née de ces siècles de servitude subis par les ethnies africaines déportées, pour la majeure partie, de l'Afrique de l'Ouest. Déracinées, elles ont dû re-créer dans le Nouveau Monde, une nouvelle culture issue du phénomène acculturation/enculturation. Cette nouvelle identité créée de toutes pièces a permis à ces différentes ethnies africaines de se souder autour de repères culturels communs, basés sur la survivance des cultures africaines originelles, et dont les religions animistes et les musiques pratiquées par les esclaves, sont d'excellents exemples.

     Pour le Noir, américain et africain, ces trois domaines que sont la musique, la danse et le chant sont imbriqués si fortement les uns aux autres qu'il désigne ce total comme un seul et unique Art. Les composants de cet Art sont caractérisés par une participation collective, tant de ceux qui jouent la musique que de ceux qui l'écoutent et qui la dansent.

Esclaves à l'ile St Kitts

     Si le Ragtime a été un courant musical majeur entre 1897 - 1917, il n'est pas le seul produit de la tradition musicale des Afro-américains. Deux autres styles, proches parents du Ragtime se distinguent: le Blues et les chants d'inspiration religieuse, les Negro-Spirituals. La principale différence entre ces trois ancêtres du Jazz n'est pas tant les différents lieux et contextes distincts dans lesquels ils ont été créés et joués, mais plutôt la diversité et la mesure des ingrédients ayant aboutis à leur création. Selon de nombreux historiens de Jazz, la matière première commune à ces trois genres musicaux était constituée de chants de plantations (field hollers, ring-shouts…), venaient ensuite différentes danses, réminiscences de danses traditionnelles africaines, puis d'autres éléments: la musique Noire de banjo (autre trait hérité de la culture africaine) ou les ballades et chansons populaires réinterprétées (provenant de la culture Blanche européenne)… C'est de l'interaction et de l'emploi de tel et tel composant que naît ces trois principaux styles Afro-américains: mais le mélange des cultures musicales Noires et Blanches va permettre la naissance d'un style qui se démarque des autres par l'harmonieuse proportion entre ses deux éléments originels.
Une belle définition en est donnée par le Professeur J-B HESS : le Ragtime est "le premier effort historique au cours de l'histoire de la musique afro-américaine […] fait par le peuple Noir américain pour créer un art dans lequel il puisse se reconnaître comme en un miroir, tout en proposant à la fois un modèle acceptable pour l'esthétique et la société blanche". Cette affirmation corrige la définition incomplète proposée par de nombreux dictionnaires et articles de Jazz qui assimilent le Ragtime non pas à du Jazz (ou du moins un ancêtre du Jazz) mais plutôt à une espèce de musique européenne réinterprétée par les musiciens Noirs.
Certes, la rigueur structurelle du Ragtime (en 16 mesures en forme rondo avec une ordonnance des thèmes rappelant celles des danses populaires européennes comme la polka, le menuet ou le quadrille) est indubitablement héritée de la tradition musicale Blanche; le discours musical (ou "mélodies" est, quant à lui, issu de la tradition Noire (d'ailleurs le mot "rags "signifiait à l'origine "chants de plantation"). Il n'est bien sûr pas possible d'établir un lien direct entre les musiques originelles d'Afrique et celles qui donneront naissance au Ragtime, en raison d'un manque de documentation de cette époque. Cependant, pour ne citer qu'un exemple, la polyrythmie sur lequel le Ragtime est bâti, peut être analysé comme étant la survivance du continuum rythmique traditionnel africain. Selon l'historien Ernest BORNEMAN, cette organisation des rythmes trahit "une origine et une approche incontestablement africaines".

     II - Historique et Contexte

     Le Ragtime est apparu dans un contexte général socio-historique très particulier. Des tensions raciales extrêmes régnaient entre la deuxième moitié du XIXème et dans les premières années du XXème siècle, pendant la période suivant la guerre civile américaine appelée "Reconstruction". Il n'est pas question de minimiser les graves problèmes de racisme anti-Noir qui ont perduré et parfois même été amplifiés par la libération des esclaves aux Etats-Unis, mais il y a eu certains cas particuliers qui faisaient apparaître dans certaines régions un respect (tout relatif, cependant, et non comparable au sens moderne auquel on entend ce mot) envers la communauté Afro-américaine, d'après ce que rapportent les journaux de cette époque. Ces régions, situées dans le Middle-West, sont le berceau du Ragtime classique. Des témoignages écrits datant de cette période concernant les afro-américains et relevés dans l'Histoire de la Musique Noire Américaine d'Eileen SOUTHERN mettent en avant deux situations paradoxales, que l'on pourrait simplifier ainsi: D'un côté des anciens esclaves qui contiennent leur haine des Blancs vivant en société fermée, et d'un autre côté des anciens esclaves tentant de profiter de leur récente émancipation pour se faire une place dans la société américaine. C'est dans le cadre de cette dynamique que le Ragtime va évoluer. Plus généralement le Ragtime était Dans les premières années qui ont suivies l'émergence du Ragtime en tant que phénomène d'envergure nationale, de nombreuses réactions sont apparues, témoignant de la mainère dont il était perçu par le grand public. Les articles musicaux par exemple, sont souvent virulents. Tout particulièrement les classes aisées et moyennes, tant blanches que noires bannissaient le "Ragtime de leurs maisons" (dixit Eubie BLAKE), non seulement parce qu'il s'agissait "de la musique de Nègres" (avec tous les stéréotypes racistes associés à ces préjugés) mais aussi parce cette musique était en partie jouée dans les lieux de "mauvaise vie", et qu'enfin elle était majoritairement pratiquée par des hommes à une époque où l'apprentissage et la pratique du piano étair une activité féminine.


Introduction,    I De l'Afrique à l'Amérique,    II Historique et contexte,   
III Les pianistes itinérants,    IV Evolution du Ragtime,    V Une Musique Porteuse d'un Message,   
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Site créé le 26/08/00
Dernière mise à jour le 15/11/06
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